vendredi 26 juillet 2013

Retrouvez les Chroniques d'Olivier dans le cadre des Contre-Plongées de l'Eté !sur le blog


Chronique I : 22 Juillet 2013 // Shitz, Hanock Levin (Cie Show Devant)


Propos :
Bienvenue chez les Shitz !
 Voici le père, Shitz, entrepreneur de travaux publics qui fait fructifier sa petite entreprise en profitant de la guerre. 
Voici la mère Setcha, femme au foyer et épouse modèle qui rêve d’Amérique.
Voici la fille Spratzi qui attend un homme, en se goinfrant de cacahuètes.
Les parents veulent marier la fille, la fille veut un mari, alors voilà Tcharkès, le gendre presque providentiel, plus attiré par l’opulence du portefeuille de Shitz que par les rondeurs de Spratzi.
 Une fois le mariage âprement conclu, Tcharkes n’a plus qu’une idée en tête, faire disparaître le père. Les affaires sont les affaires ! 
Un texte cru et cruel où les valeurs morales ont déserté le terrain !

La chronique d’Olivier :
Bonsoir,

En ouverture de cette chronique, j’aimerais vous poser une question qui, selon l’expression consacrée, me brûle évidemment les lèvres,  mais surtout,  me taraude frénétiquement le bulbe rachidien :

Qu’est-ce-que vous faites là ?

Non, parce que pour moi, je sais. Si je suis présent ici, ce soir, pour faire cette chronique, et je n’ai pas honte de le dire, c’est clairement pour l’argent.
Si j’avais eu le choix, j’aurais préféré évidemment, être nonchalamment accoudé à la rambarde d’une somptueuse terrasse privée dominant la ville, une coupe de champagne à la main, en train de parler avec une beauté incendiaire saturée de sensuels désirs, plutôt  qu’avec vous, déroutant conglomérat humain que la convention m’oblige à appeler public.

Ne m’en voulez pas, mais je préfère être honnête avec vous, en ce qui me concerne, comme je vous le disais, je suis ici uniquement pour gagner ma vie.
Même si, il faut bien le concéder, la chronique, c’est très mal payé, à peine de quoi couvrir les frais de location du costume. Pour tout dire, quand je vois ma rémunération, je comprends mieux l’expression « défrayer la chronique ».
Mais baste, ce n’est pas le sujet, revenons, si vous le voulez bien, à la question initiale, à savoir « qu’est-ce-que vous faites ici ? »

Je veux dire, pourquoi avoir choisi le théâtre alors qu’il y a certainement, en cette période estivale, un feu d’artifice tiré au-dessus d’un de nos légendaires lacs volcaniques, et que la location des chaussures est offerte par le bowling tous les lundi en cette période estivale, et ce, dès la 5ème partie achetée.
Alors, hein, je vous le demande, pourquoi le théâtre ?
Victor Hugo, en son temps, écrivait que lui se rendait au théâtre pour être diverti, pour être ému et pour apprendre quelque chose.
Nous ne savons si le spectacle  « SHITZ » d’ Hanock LEVIN présenté par la compagnie Show Devant saura vous distraire et vous divertir, toujours est-il qu’il est à peu près certain que, malheureusement, vous n’y apprendrez rien.

De fait, vous pourrez constater une fois de plus l’incroyable talent tragique et destructeur que seul le genre humain sait déployer lorsqu’il s’agit d’assouvir une insatiable soif de pouvoir et de richesse, fut-elle au détriment définitif de ses plus proches congénères.

Rien de neuf sous le soleil, me direz-vous, mais justement, pour ce type de banalité, il suffit normalement de regarder la télé.

Voyez, par exemple, pas plus tard que hier soir, je tombe par hasard sur une émission traitant des irréversibles désastres écologiques qu’entraînent l’ultra libéralisme triomphant de ce début de XXIème siècle.
Un reporter y interviewait une très jolie jeune femme, aux traits divinement raphaëliens, du genre que, si j’avais eu le choix ce soir…enfin bref, une très jolie jeune femme disais-je, et cadre bancaire de son état :
- « Ne trouvez-vous pas amoral, lui demandait le reporter, que la spéculation sur le marché des matières premières ait pour conséquence directe la terrible déforestation au Brésil de l’irremplaçable forêt Amazonienne. Dans des proportions vertigineuses, précisait-il, l’équivalent de plusieurs terrains de foot chaque jour ! »
 - Si, répondit après quelques hésitations la vénus du placement financier, avec ce léger trouble dans le regard qui laissait présager une salvatrice et révolutionnaire prise de conscience, avant finalement d’ajouter dans un sourire désarmant :
« Mais, en même temps, la coupe du monde, elle a pas lieu justement  au Brésil ? »
Que voulez vous faire, l’homme est ainsi fait. Il lui est impossible d’établir un dialogue constructif entre le Dr Jekill et le Mister Hyde qui l’habite.
L’un aspire immodérément à la beauté du don, au respect des différences, à l’empathie, à l’équité, au partage, bref à l’amour pendant que l’autre, dans le même temps, se dépense sans compter pour une orgiesque et irrépréssible  satisfaction d’égoïstes et primaires plaisirs immédiats en ânonnant inlassablement moi, moi, moi….  

Et vous en conviendrez volontiers, la victoire insolente de l’ultra libéralisme aura libéré comme jamais le côté « hyde », lequel devenu incontrôlable, saccage et massacre tout sur son passage jusqu’à mettre l’existence même des prochaines générations en danger.

Et vous, au lieu de vous rallier au cynisme ambiant généralisé qui invite à ne plus connaître que le prix des choses au lieu de leur valeur, vous, qui aviez la possibilité d’oublier tout ça en dégommant des quilles ou en regardant des bombes multicolores éclater dans le ciel d’été, vous, dis-ais-je, vous préférez venir vous asseoir ici, au milieu de gens que vous ne connaissez même pas pour suivre un spectacle de théâtre, et partager ensemble de la pensée et de l’émotion.

Il n’y aurait donc pas que l’argent et la soif de pouvoir dans la vie ?
Ha, mon Dieu, je défaille. Serait-ce donc vous, ces derniers des mohicans, qui affirmez solennellement avec Albert Camus qu’il n’y a pas de honte à préférer le bonheur ?
L’espoir serait donc permis ? Il y en aurait encore qui ne désespèrent pas de changer la face du monde ?
Haaaa !  Je ne peux résister à l’irrépressible envie de me joindre soudainement à vous pour partager cette folle aspiration.

Attendez-moi, je viens communier avec vous.

Que le spectacle commence donc, et, de grâce, n’oublions pas, dans ce théâtre d’un soir, de rêver sans retenue, car, comme le rappelait Oscar Wilde, aucune région, -fusse-t-elle notre magnifique Auvergne, n’est digne d’un regard, si le pays de l’Utopie n’y figure pas.   



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