Chronique I : 22
Juillet 2013 // Shitz, Hanock Levin (Cie Show Devant)
Propos :
Bienvenue
chez les Shitz !
Voici le père, Shitz, entrepreneur de travaux publics
qui fait fructifier sa petite entreprise en profitant de la guerre.
Voici la
mère Setcha, femme au foyer et épouse modèle qui rêve d’Amérique.
Voici la
fille Spratzi qui attend un homme, en se goinfrant de cacahuètes.
Les parents
veulent marier la fille, la fille veut un mari, alors voilà Tcharkès, le gendre
presque providentiel, plus attiré par l’opulence du portefeuille de Shitz que
par les rondeurs de Spratzi.
Une fois le mariage âprement conclu, Tcharkes n’a
plus qu’une idée en tête, faire disparaître le père. Les affaires sont les
affaires !
Un texte cru et cruel où les valeurs morales ont déserté le
terrain !
La chronique d’Olivier :
Bonsoir,
En ouverture de cette
chronique, j’aimerais vous poser une question qui, selon l’expression consacrée,
me brûle évidemment les lèvres, mais
surtout, me taraude frénétiquement le
bulbe rachidien :
Qu’est-ce-que vous faites
là ?
Non, parce que pour moi, je
sais. Si je suis présent ici, ce soir, pour faire cette chronique, et je n’ai
pas honte de le dire, c’est clairement pour l’argent.
Si j’avais eu le choix,
j’aurais préféré évidemment, être nonchalamment accoudé à la rambarde d’une
somptueuse terrasse privée dominant la ville, une coupe de champagne à la main,
en train de parler avec une beauté incendiaire saturée de sensuels désirs,
plutôt qu’avec vous, déroutant
conglomérat humain que la convention m’oblige à appeler public.
Ne m’en voulez pas, mais je
préfère être honnête avec vous, en ce qui me concerne, comme je vous le disais,
je suis ici uniquement pour gagner ma vie.
Même si, il faut bien le
concéder, la chronique, c’est très mal payé, à peine de quoi couvrir les frais
de location du costume. Pour tout dire, quand je vois ma rémunération, je
comprends mieux l’expression « défrayer la chronique ».
Mais baste, ce n’est pas le
sujet, revenons, si vous le voulez bien, à la question initiale, à savoir
« qu’est-ce-que vous faites ici ? »
Je veux dire, pourquoi avoir
choisi le théâtre alors qu’il y a certainement, en cette période estivale, un
feu d’artifice tiré au-dessus d’un de nos légendaires lacs volcaniques, et que
la location des chaussures est offerte par le bowling tous les lundi en cette
période estivale, et ce, dès la 5ème partie achetée.
Alors, hein, je vous le
demande, pourquoi le théâtre ?
Victor Hugo, en son temps,
écrivait que lui se rendait au théâtre pour être diverti, pour être ému et pour
apprendre quelque chose.
Nous ne savons si le
spectacle « SHITZ » d’ Hanock
LEVIN présenté par la compagnie Show Devant saura vous distraire et vous
divertir, toujours est-il qu’il est à peu près certain que, malheureusement,
vous n’y apprendrez rien.
De fait, vous pourrez
constater une fois de plus l’incroyable talent tragique et destructeur que seul
le genre humain sait déployer lorsqu’il s’agit d’assouvir une insatiable soif
de pouvoir et de richesse, fut-elle au détriment définitif de ses plus proches
congénères.
Rien de neuf sous le soleil,
me direz-vous, mais justement, pour ce type de banalité, il suffit normalement de
regarder la télé.
Voyez, par exemple, pas plus
tard que hier soir, je tombe par hasard sur une émission traitant des
irréversibles désastres écologiques qu’entraînent l’ultra libéralisme
triomphant de ce début de XXIème siècle.
Un reporter y interviewait
une très jolie jeune femme, aux traits divinement raphaëliens, du genre que, si
j’avais eu le choix ce soir…enfin bref, une très jolie jeune femme disais-je, et
cadre bancaire de son état :
- « Ne trouvez-vous pas
amoral, lui demandait le reporter, que la spéculation sur le marché des
matières premières ait pour conséquence directe la terrible déforestation au
Brésil de l’irremplaçable forêt Amazonienne. Dans des proportions
vertigineuses, précisait-il, l’équivalent de plusieurs terrains de foot chaque jour ! »
- Si, répondit après quelques hésitations la
vénus du placement financier, avec ce léger trouble dans le regard qui laissait
présager une salvatrice et révolutionnaire prise de conscience, avant finalement
d’ajouter dans un sourire désarmant :
« Mais, en même temps,
la coupe du monde, elle a pas lieu justement au Brésil ? »
Que voulez vous faire,
l’homme est ainsi fait. Il lui est impossible d’établir un dialogue constructif
entre le Dr Jekill et le Mister Hyde qui l’habite.
L’un aspire immodérément à la
beauté du don, au respect des différences, à l’empathie, à l’équité, au
partage, bref à l’amour pendant que l’autre, dans le même temps, se dépense
sans compter pour une orgiesque et irrépréssible satisfaction d’égoïstes et primaires plaisirs
immédiats en ânonnant inlassablement moi, moi, moi….
Et vous en conviendrez volontiers,
la victoire insolente de l’ultra libéralisme aura libéré comme jamais le côté
« hyde », lequel devenu incontrôlable, saccage et massacre tout sur
son passage jusqu’à mettre l’existence même des prochaines générations en
danger.
Et vous, au lieu de vous
rallier au cynisme ambiant généralisé qui invite à ne plus connaître que le
prix des choses au lieu de leur valeur, vous, qui aviez la possibilité d’oublier
tout ça en dégommant des quilles ou en regardant des bombes multicolores
éclater dans le ciel d’été, vous, dis-ais-je, vous préférez venir vous asseoir
ici, au milieu de gens que vous ne connaissez même pas pour suivre un spectacle
de théâtre, et partager ensemble de la pensée et de l’émotion.
Il n’y aurait donc pas que
l’argent et la soif de pouvoir dans la vie ?
Ha, mon Dieu, je défaille.
Serait-ce donc vous, ces derniers des mohicans, qui affirmez solennellement
avec Albert Camus qu’il n’y a pas de honte à préférer le bonheur ?
L’espoir serait donc
permis ? Il y en aurait encore qui ne désespèrent pas de changer la face
du monde ?
Haaaa ! Je ne peux
résister à l’irrépressible envie de me joindre soudainement à vous pour
partager cette folle aspiration.
Attendez-moi, je viens
communier avec vous.
Que le spectacle commence
donc, et, de grâce, n’oublions pas, dans ce théâtre d’un soir, de rêver sans
retenue, car, comme le rappelait Oscar Wilde, aucune région, -fusse-t-elle notre
magnifique Auvergne, n’est digne d’un regard, si le pays de l’Utopie n’y figure
pas.
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